Élection du #Debian Project Leader 2020 #DPL Jonathan Carter


  • Prédateur

    Jonathan Carter a été élu responsable du projet Debian (Debian Project Leader, DPL). Il succède à Sam Hartman, qui ne s’est pas représenté cette année.

    Jonathan Carter (photo tirée de son programme de 2019)

    La suite de cette dépêche retrace le déroulement des élections.

    Sommaire

    Annonce des élections

    Comme chaque année, le secrétaire du Projet Debian a annoncé le calendrier des élections pour le rôle de responsable du Projet Debian.

    Les élections se déroulent en trois phases :

    1. la période de nomination (du 8 au 14 mars), pendant laquelle les candidats se font connaître et préparent leur programme ;
    2. la période de campagne (du 15 mars au 4 avril), pendant laquelle on débat sur la liste debian-vote. C’est aussi l’occasion pour les candidats de publier leurs Rebuttals (contre-arguments), dans lesquels ils commentent les programmes des autres ;
    3. la période de vote (du 5 au 18 avril), pendant laquelle les membres du projet… votent.

    Le DPL sortant ne se représente pas et fait son bilan

    Sam Hartman, élu en 2019, a décidé de ne pas se représenter.

    Dans son bilan, Sam se félicite d’avoir animé avec succès des discussions techniques à la recherche de consensus sur les bonnes pratiques d’empaquetage au sein de Debian. Sam regrettait en effet dans son programme pour 2019 les débats souvent interminables et épuisantes qui empêchent les choses d’avancer.

    Le DPL sortant a également proposé une résolution générale (GR) concernant la prise en charge des systèmes de démarrage en plus du système par défaut, systemd. Son intention n’était pas particulièrement de favoriser davantage systemd, mais plutôt d’expérimenter un mode de fonctionnement où le DPL essaie de faciliter la discussion et faire aboutir la communauté à des consensus sur les sujets qui font débat.

    De son propre aveu, Sam n’avait pas anticipé la difficulté de gérer les délégations. En particulier, comment déterminer l’équilibre entre les besoins du projet, la charge de travail des délégués, etc.

    Un autre élément qui semble pousser Sam à ne pas se présenter pour un mandat supplémentaire est une campagne de harcèlement à laquelle Debian est sujette depuis un certain temps par un ancien membre du projet.

    Dans ses dernières nouvelles du DPL, Sam souhaitait employer la fin de son mandat au désamorçage des conflits qui émergent régulièrement dès que des décisions doivent être prises au sein du projet. Pour cela, il avait lancé un appel à volontaires pour constituer une équipe dédiée à cette tâche. Manifestement, trop peu de personnes ont répondu à cet appel, ce qui a été d’après Sam le principal facteur dans sa décision.

    Les candidats et leurs programmes

    Pour le mandat de 2020, trois personnes se sont portées candidates. Cette section présente leurs programmes respectifs ainsi que les questions qui leur ont été directement adressées lors des débats.
    Les questions d’ordre plus général, adressées aux trois candidats en même temps, sont traitées dans la section suivante « Autres thèmes abordés lors de la campagne ».

    Jonathan Carter

    Jonathan Carter est le premier candidat à s’être présenté cette année. Il s’était déjà présenté l’année dernière.

    Son programme de cette année met l’accent sur ces points : améliorer les conditions de « travail » de la communauté, faire un meilleur rapport des activités du DPL, ainsi que de la situation financière de Debian.

    Sur le premier point, Jonathan souhaite améliorer les conditions de participation en favorisant le mentorat et en facilitant la participation à distance. Son idée est d’avoir des outils en ligne apportant quelques-uns des avantages qui sont normalement propres aux rencontres lors d’événements physiques comme les DebConf. Il souhaite aussi favoriser l’intégration des nouveaux contributeurs, notamment par le biais des équipes locales, mais aussi en clarifiant le fonctionnement de Debian. Enfin, il souhaite réduire les obstacles aux expérimentations.

    Le deuxième axe de son programme porte plus sur la transparence de Debian avec un engagement à améliorer la compréhension des finances du projet et des rapports d’activités plus réguliers et abordables.

    Sans grande surprise, les thèmes de campagne de Jonathan n’ont pas fondamentalement changé depuis l’année dernière. On y retrouve en effet les questions de communauté et de transparence abordées cette année.

    Le nombre de points abordés dans le programme de Jonathan a soulevé la question de leur priorisation au cours de l’année qui vient. En effet, il paraît peu probable que tout puisse être accompli en un seul mandat et on peut dès lors se demander quelles seront les tâches réalisées en priorité.
    Dans sa réponse, Jonathan a précisé qu’il n’avait pas de plan d’action spécifique et que le plus important à ses yeux était que la communauté travaille mieux ensemble, peu importe le moyen d’y arriver. Il a néanmoins mentionné deux idées qui pourraient permettre selon lui d’améliorer la communication en ligne : la première, Debian Social, est plus qu’une idée puisque le service a été annoncé officiellement peu de temps après, et la seconde est l’organisation d’une MiniDebConf en ligne.

    Sruthi Chandran

    Sruthi Chandran s’est présentée en deuxième. Il s’agit de sa première campagne électorale pour le poste de DPL.

    Son programme met l’accent sur l’absence de diversité au sein de Debian et comment y remédier. Même si elle reconnaît que certaines initiatives au sein de Debian tentent d’apporter une plus grande diversité au projet, notamment la participation au projet Outreachy, les résultats ne lui semblent pas suffisants. En particulier, Sruthi souhaite porter son attention sur les dépenses liées aux initiatives de diversité dans le but de les rendre plus efficaces.

    Sruthi a également abordé d’autres sujets sur lesquels elle souhaite travailler, sans pour autant entrer dans les détails. Parmi ces sujets, on retrouve en particulier la délégation des responsabilités, l’accueil des participants ou encore la facilitation des rencontres entre contributeurs.

    Aucune question n’a été directement posée à Sruthi pendant la période de débat.

    Brian Gupta

    Brian Gupta est le dernier des trois candidats à s’être présenté. Comme pour Sruthi Chandran, c’était la première fois qu’il se portait candidat.

    Son programme a la particularité de ne porter que sur la création de deux fondations dédiées à Debian, l’une aux États-Unis et l’autre en Europe.

    Son principal argument est la fin des relations privilégiées qu’entretenait Debian avec Software in the Public Interest (SPI), la Trusted Organization historique de Debian. En effet, SPI considère désormais que toutes les organisations qu’elle représente devraient être traitées de la même façon et aurait révoqué certains avantages de Debian sans en informer le projet.

    Pour rappel, Debian n’a actuellement que trois Trusted Organizations : Software in the Public Interest, debian.ch et Debian France.

    Parmi les questions qui lui ont été posées au sujet de son programme, il a notamment été demandé à Brian pourquoi il a choisi l’élection du responsable du projet Debian comme moyen de lancer le débat sur la création d’une fondation, au lieu de passer par une résolution générale (GR) comme il serait plutôt d’usage de faire. Brian a répondu qu’une résolution générale n’était pas nécessaire, car la constitution n’avait pas besoin d’être modifiée et que la période de débat limitée dans le temps des GR n’était pas selon lui le meilleur format de discussion pour ce sujet précis.
    Suite à plusieurs messages exprimant des réserves à propos d’un DPL qui ne s’occuperait que de la création d’une fondation, Brian a précisé quelles seraient ses activités en tant que DPL, qui ont été ajoutées à son programme à la fin de la campagne.

    Le choix de créer plusieurs fondations a également été questionné, ce à quoi Brian a répondu qu’il était préférable d’être présent dans plusieurs juridictions et que la majorité des membres du projet Debian se trouvent en Europe ou aux États-Unis.

    Un certain nombre de questions et remises en contexte au sujet de la relation de Debian avec SPI a été apporté par Martin Michlmayr, candidat l’année dernière. Une des principales questions soulevées par Martin est celle de l’acceptation par les membres de l’idée Debian, à travers cette fondation, puisse payer des contributeurs, et quelles en seraient les modalités.

    Autres thèmes abordés lors de la campagne

    Cette section regroupe une synthèse de tous les autres sujets abordés sur la liste debian-vote. Il s’agit de questions qui étaient adressées aux trois candidats.

    Une des premières questions posées a porté sur l’efficacité du programme Outreach et en particulier son retour sur investissement et la façon dont ce programme est géré. Par exemple, il semblerait que les seuls coordinateurs actifs de cette initiative au sein de Debian ne soient pas membres du projet Debian.
    Brian a répondu que c’était en effet problématique, car selon lui la constitution ne permet pas d’attribuer des délégations à des personnes extérieures au projet.
    Jonathan a quant à lui répondu… qu’il avait lui-même été membre d’une délégation avant d’avoir le statut officiel de membre du projet Debian.

    Les listes de discussion sont au centre des moyens de communication pour beaucoup de contributeurs Debian, mais le système actuellement en place montre ses limites, notamment en termes de gestion des individus nocifs pour la communauté. Les listmasters se sont ainsi résolus à mettre en place une modération manuelle pour certaines listes.
    Dans ce contexte, il n’est donc pas étonnant qu’il soit demandé aux candidats leur avis au sujet d’une alternative, Discourse, dont une instance dédiée à Debian a été créée récemment. Par souci de cohérence, il leur a bien sûr été demandé de répondre directement sur Discourse.

    Suite au bilan dressé par Sam Hartman au terme de son mandat et particulièrement la difficulté qu’il a eue à gérer les délégations, il a été demandé aux trois candidats s’ils partageaient ce constat et comment ils comptaient s’y prendre. Brian et Jonathan ont répondu, de façon assez similaire, qu’ils comptaient faire le point régulièrement avec les équipes et aider celles qui en ont besoin.

    Éternel sujet, la queue NEW est-elle traitée trop lentement ? La queue New est la file d’attente pour tous les paquets attendant d’être inspectés par l’équipe FTP pour entrer dans unstable.

    Les candidats ont également posté leurs propres questions. Par exemple, Jonathan Carter a demandé aux membres du projet quels étaient selon eux les sujets importants qui étaient pourtant mis de côté par les différents DPL et même les candidats.

    Sruthi Chandran a quant à elle demandé à ses deux concurrents leur point de vue sur l’état de la diversité au sein du projet Debian.

    Vote et résultats

    Le gagnant est Jonathan Carter, il l’emporte sur Sruthi Chandran par 201 voix, Brian Gupta par 241 voix et l’option nulle (« None of the above » ou « Aucune de ces options ») par 267 voix.

    Comme le remarque Michael Larabel sur Phoronix, avec un taux de participation 33,5% (339 votes retenus pour 1011 développeurs), cette élection se situe dans la moyenne des 5 dernières années, mais est loin des 50 à 60% des débuts du projet.

    Dès sa prise de fonction, le nouveau DPL s’est adressé aux membres du projet pour remercier les autres candidats et Sam Hartman, le DPL sortant, et lancer un appel à contribution pour l’aider à réaliser son programme. Espérons que la première réaction a son message ne soit pas représentative de l’avis de la communauté !

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