Interview de Célia Margotteau, designeuse UX et UI


  • Prédateur

    Les t-shirts avec les suricates, c’est elle, une partie des visuels du site Tracim, c’est elle, lʼinterface Tracim, c’est aussi elle en partie.

    Pour tout dire, quand LeBouquetin a évoqué, dans une dépêche plus générale, le recrutement de Célia, j’ai pensé que ça pouvait être un bon sujet pour cette série d’entretiens. Le temps, ensuite, de jouer avec l’interface, de trouver des questions, nous voilà avec la première interview de cette année.

    Dos du t-shirt aux suricates

    ― Comment devient-on designeuse UX et UI ?

    Pour ma part, j’ai un parcours assez peu conventionnel guidé par la curiosité. De nature créative, j’ai toujours été intéressée par le design graphique et le web, j’ai donc suivi une formation d’infographiste puis de communication visuelle et enfin sur les médias numériques. Mais ce qui a vraiment été déterminant, ça a été de me rendre compte que ce qui me parlait le plus, ce n’était pas seulement de faire design ou des interfaces esthétiques, mais vraiment de créer des produits utiles et intuitifs, en comprenant les besoins des utilisateurs. Comprendre les utilisateurs, cela signifie se mettre à leur place, mais surtout observer et essayer de comprendre leurs problèmes sans avoir d’aprioris.

    ― En quoi cela consiste-t-il ? Outre les CSS, y a-t-il d’autres langages que tu doives connaître, voire maîtriser ?

    En fait, en tant qu’UX/UI Designeuse, il faut surtout réussir à s’adapter à la fois aux utilisateurs (leur vocabulaire, leurs problématiques, leurs contraintes, leurs intérêts) mais aussi aux équipes de développement, qui ont une grande expertise de leur domaine et qui sont de précieux conseils. Il n’est pas forcément nécessaire de savoir développer pour être UX / UI Designer. Personnellement, j’ai des bases en frontend, et je comprends les grands principes du backend, ce qui me permet d’interagir avec les différentes équipes. Il ne faut pas avoir peur de poser des questions et d’apprendre plein de nouvelles choses !

    ― Quelles sont les spécificités de ces deux types de design UI (interface utilisateur) et UX (expérience utilisateur) ?

    Le design de l’interface utilisateur (UI) est une composante de l’expérience utilisateur (UX). Le Nielsen Norman Group définit l’expérience utilisateur comme : « englobant tous les aspects de l’interaction de l’utilisateur final avec l’entreprise, ses services et ses produits. » L’UX correspond donc à tout ce qu’un utilisateur peut expérimenter ou ressentir vis-à-vis d’un produit, d’un objet, d’une application, lors de son usage. Pour une application par exemple, cela va correspondre à l’enchainement logique des écrans, la facilité de trouver les informations, et la facilité pour l’utilisateur d’atteindre son objectif. L’interface est importante parce qu’elle est directement au contact de l’utilisateur, c’est la partie visible de l’expérience.

    ― À ton avis quelles qualités faut-il avoir pour exercer ce métier ?

    Pour moi, les principales qualités seraient : l’empathie, la curiosité et l’humilité. Je vois difficilement quelqu’un réussir dans son travail d’UX Designer sans empathie. L’empathie est importante pour réussir à se mettre à la place des utilisateurs et à les comprendre. Rester curieux est aussi essentiel pour continuer à progresser dans le domaine et ne pas hésiter à remettre en question ses acquis. Et enfin l’humilité, car il faut être capable de mettre ses propres croyances et ses aprioris de côté, afin de vraiment s’intéresser aux usages et aux besoins des utilisateurs.

    ― Actuellement, à quel niveau interviens-tu dans l’élaboration et la conception des interfaces ? Est-ce que c’est le moment idéal ? Préfèrerais-tu intervenir plus en amont, plus tard, au début, à la fin ?

    En tant qu’UX/UI Designeuse, j’interviens de façon transversale dans un projet de création de nouvelle fonctionnalité ou de refonte de l’expérience. J’interviens ainsi tout au long du projet :

    • en amont du développement, les entretiens et les ateliers avec les utilisateurs permettent de comprendre leurs usages et leurs pratiques, afin d’imaginer des expériences adaptées ;
    • pendant le développement, je participe à l’élaboration des spécifications et propose des maquettes présentant les nouvelles expériences et interfaces ;
    • après le développement, en collaboration avec l’équipe de support et l’équipe commerciale, je récupère les retours des utilisateurs afin de continuer à améliorer l’expérience qu’on leur propose.

    ― Quelles difficultés (ou pas d’ailleurs) rencontres-tu ou as-tu pu rencontrer avec les équipes de développement dans le cadre de ton travail (en général, pas spécifiquement chez Algoo) ? Le cas échéant, comment y pallies-tu ?

    Les équipes de développement expérimentées ont un vocabulaire technique qui peut être perturbant aux premiers abords. Cependant, j’ai toujours eu la chance de travailler avec des équipes très ouvertes et compréhensives, qui ont pris le temps de m’expliquer les contraintes de leurs métiers. J’ai beaucoup appris grâce à eux !

    ― As-tu déjà (en général pas forcément chez Algoo) été confrontée à des demandes de « dark patterns » (interface truquée d’après Wikipédia) ?

    Je n’ai jamais été confrontée à une demande de dark patterns, parce que j’ai eu la chance de pouvoir choisir les gens avec qui je travaillais. Les darks patterns correspondent à des expériences et des interfaces qui trompent sciemment les utilisateurs pour les empêcher de faire des actions qui ne sont pas profitables pour l’entreprise, comme, par exemple, désactiver les cookies (le plus fréquent) ou encore se désinscrire d’un service payant. C’est notre rôle en tant que designers de refuser de créer ou d’utiliser des dark patterns.

    ― Quels sont les soucis d’UX/UI que tu juges les plus fréquents ou notables dans les logiciels libres ?

    Un des soucis que l’on retrouve le plus fréquemment, dans tout type d’interfaces et d’expériences, pas seulement dans les logiciels libres, est de vouloir afficher trop d’informations, pensant que plus on affiche d’informations, plus c’est pertinent pour l’utilisateur. Cependant, afficher un grand nombre d’informations augmente la charge cognitive de l’utilisateur et rend sa navigation dans l’interface plus complexe. La loi de Hick est un modèle d’IHM (interaction homme-machine) qui explique que le temps qu’il faut à un utilisateur pour prendre une décision augmente en fonction du nombre de choix à sa disposition. Concrètement, plus un utilisateur a de choix à sa disposition, plus la décision va être longue et complexe pour lui.

    ― Y a-t-il des différences et des spécificités en termes d’accessibilité entre une interface web et celle d’un logiciel ?

    Je dirais que ça dépend beaucoup du contexte, mais globalement les règles d’accessibilité restent les mêmes.

    ― Comment testes-tu l’accessibilité d’un projet ? Est-ce que, par exemple, des personnes handicapées participent à ces tests ?

    Je teste les projets sur lesquels je travaille en suivant les recommandations des WCAG 2.1 (Web Content Accessibility Guidelines). Je n’ai pas encore eu la chance de pouvoir tester mes designs avec des personnes en situation de handicap mais c’est très clairement un objectif pour moi.

    ― Sur quels logiciels as-tu été formée ?

    Dans mes études, j’ai été formée sur la suite Adobe, sur Gimp, Libre Office, Xmind, 3DSMax, Sketchup, Autocad, ou encore Inkscape.

    ― Penses-tu que la formation que tu as reçue est bien adaptée à la réalité du métier ?

    Un élément qui est pour moi essentiel et dont ma formation n’a pas parlé est l’importance du travail en équipe et de la pédagogie à avoir lorsqu’on est designeuse. Je me suis vraiment rendu compte de l’aspect transversal de ce métier qu’une fois en entreprise, où j’ai dû collaborer et m’adapter à de nombreuses équipes et personnalités différentes. Personnellement j’adore ça, parce que discuter avec les gens de différents métiers et apprendre tous les jours de nouvelles choses me passionne, mais ça a été une surprise. En réalité, faire une interface n’est pas très compliqué, mais faire une interface qui corresponde aux besoins des utilisateurs, aux possibilités techniques, à la philosophie du projet et qui suscite l’engouement des équipes est un challenge à relever.

    ― Est-ce que c’est toi qui as dessiné les visuels (mascotte, t-shirt, etc.) du site Tracim et l’interface des outils ?

    Quand je suis arrivée chez Algoo, je me suis inspirée de l’identité visuelle existante et je l’ai déclinée sur différents supports, dont les visuels du site tracim.fr ainsi que les t-shirts de Algoo. Je travaille sur Tracim depuis un an, et j’ai pu participer à l’élaboration de certaines fonctionnalités comme le partage de fichiers ou encore les onglets des applications (qui sont déjà disponibles dans Tracim) mais aussi sur des fonctionnalités qui sortiront bientôt comme une refonte du système de notifications ou une amélioration de l’historique des contenus. Nous avons aussi passé du temps à retravailler le site tracim.fr afin qu’il présente au mieux Tracim. J’ai aussi participé au lancement de l’instance publique mon.tracim.fr, qui permet aux particuliers et aux associations d’utiliser Tracim sans avoir besoin de compétences techniques spécifiques.

    ― Au niveau professionnel, quels logiciels libres utilises-tu, sur quel OS ?

    Au niveau professionnel, j’utilise Inkscape, LibreOffice, Mozilla Firebox, Thunderbird, les outils de Framasoft, Mattermost et Tracim bien sûr. Et je suis sous Debian GNU/Linux 9.9 (stretch).

    ― Quelle est ta distribution GNU/Linux préférée et pourquoi, quels sont tes logiciels libres préférés ?

    Je suis assez classique, j’utilise Debian pour le travail et c’est la distribution qui me semble la plus claire pour une néophyte de Linux comme moi ☺

    ― Quelle question aurais-tu adoré qu’on te pose ? (évidemment tu peux y répondre)
    Au niveau personnel, quels logiciels libres utilises-tu ?

    J’utilise Krita pour les illustrations, Blender pour faire un peu de 3D, et Aseprite pour faire du pixel art !

    ― Quelle question aurais-tu détesté qu’on te pose ? (en espérant que je ne l’ai pas posée).

    Je n’en vois pas ☺

    Merci beaucoup pour ces questions !

    Au plaisir de répondre aux questions des lecteurs ☺

    Merci beaucoup Célia.

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