Parution de GNOME 3.30


  • Prédateur

    Annoncé le 5 septembre 2018, GNOME 3.30 est baptisé « Almería », pour rendre hommage à l’équipe qui a organisé dans la ville espagnole la récente conférence annuelle des utilisateurs et développeurs de GNOME (GUADEC).

    Comme tous les six mois, cette nouvelle version arrive avec son lot de nouveautés. On vous présentera les plus importantes d’entre elles, ainsi que les faits marquants du dernier cycle de développement.

    Désert de Tabernas, dans la province d'Almeria.

    Sommaire

    Évènements

    Un coup de boost ?

    En mai s’est tenu un hackathon GNOME pour réduire la consommation de ressources d’une session typique de GNOME. Coorganisé par la fondation Raspberry Pi, on devine qu’il s’agissait d’adapter l’environnement de bureau à des ordinateurs modestes. Il y avait de quoi faire, parce que, au moins sur Fedora, le Shell était instancié deux fois : une fois par la session utilisateur (normal), et une fois par le gestionnaire de sessions ! Comme on peut le lire sur le blog du GNOME Libre, une série de correctifs apportés à GDM permet de faire chuter le poids du Shell sur la mémoire vive : 280 Mio de moins sur la balance !

    Les efforts pour réduire globalement la consommation de ressources ont porté leurs fruits puisque, mis bout à bout, ce ne sont pas moins de 750 Mio de mémoire vive qui ont été libérés ! On notera également que les développeurs se dotent de nouveaux outils pour détecter les goulots d’étranglement.

    Visites estivales

    En juin, Richard Hugues rendait visite à Canonical pour parler un peu du gestionnaire de Logiciel. Vous pouvez consulter le billet de Will Cooke si vous voulez voir des gens coller des post-it sur des portes de placard.

    GNOME a rendu une petite visite à KDE ! Fin août se tenait en effet l’Akademy, l’évènement qui rassemble chaque année la communauté KDE. Carlos Soriano et Felipe Borges ont donc rencontré les participants et ont dressé un petit compte‐rendu. Au fait, vous avez déjà entendu parler de KDE Connect ? On apprend dans le compte‐rendu qu’Albert Vaca, l’auteur du fameux logiciel, utilise en fait GNOME. Ça, c’est dit.

    Bas niveau

    En vrac : GTK, GLIB…

    On trouve sur le GitLab des exemples intéressants de solutions à trouver pour adapter GTK au mobile. C’est ce qui avait poussé Purism à confier à Adrien Plaza le développement de la bibliothèque Hdy, destinée à permettre aux applications de redimensionner leur interface aux différents formats d’écran. Problème tout bête : la gestion des arrondis de la barre de titre peut s’avérer parfois compliquée. Heureusement, une solution semble avoir été trouvée, et GTK 4 devrait en bénéficier si elle n’est pas livrée dans le lot de correctifs GTK 3.24.1.

    C’est tout à fait anecdotique, mais on ne peut résister à l’envie de partager ce billet (en anglais) avec vous : Glib peut désormais passer un chemin à la forme canonique.

    Dans sa conférence sur Pipewire, Wim Taymans a indiqué que même si dans les faits la technologie de Red Hat avait encore des soucis de latence, il devrait pouvoir prendre en charge les applications conçues pour Alsa, PulseAudio ou Jack, grâce à des bibliothèques de substitution. On avait vu dans les discussions d’un journal sur LinuxFr.org que cela n’était pas du goût de tout le monde.

    Du rififi autour des micrologiciels

    Depuis plusieurs versions, il est possible de mettre à jour des micrologiciels (firmware) au travers de l’interface graphique de GNOME Logiciels. Dans l’arrière‐boutique, l’interface graphique s’appuie sur fwupd pour « flasher » les composants, et lvfs (Linux Vendor Firmware Service) pour héberger les binaires. Les utilisateurs de nombreuses distributions peuvent donc « flasher » leur équipement de manière transparente, grâce à la collaboration de sociétés comme Dell et Logitech.

    De son côté, l’entreprise System76, qui vend du matériel avec sa propre distribution préinstallée, préfère s’appuyer sur un outillage de son cru, spécifique à son système dérivé d’Ubuntu : « Pop!_OS ». Il en résulte que les clients de System76 ne pourront probablement pas « flasher » leurs composants s’ils ont choisi d’utiliser une autre distribution.

    En mai dernier, Richard Hugues pointait du doigt la société pour ce qu’il considérait comme un choix regrettable, et Cassidy James Blaede (alors designer chez System76) s’est empressé d’y répondre en justifiant que la société pouvait avoir d’autres priorités que s’intégrer à LVFS, et de déplorer l’attitude de Richard qui n’était pas de nature à encourager des relations fructueuses autour de son projet.

    LVFS a le vent en poupe

    Malgré tout, LVFS prend de l’ampleur et permet désormais aux clients de deux douzaines de constructeurs — dont Realtek et Lenovo — de mettre à jour simplement les micrologiciels de leur équipement. Richard Hugues indique ainsi qu’environ 200 000 mises à jours ont lieu chaque mois, avec un taux d’échec inférieur à 0,01 %. Dorénavant, la Fondation Linux s’implique dans LVFS, ce qui permet simultanément de pérenniser le projet et à Hughsie de dégager du temps pour se consacrer un peu plus à GNOME Logiciels, par exemple.

    Des paquets Flatpak plus facile à réaliser

    Depuis notre précédent article sur GNOME, Flatpak a fait un petit peu de ménage. Comme l’explique Alex Larsson sur son blog, Flatpak s’appuie généralement sur un environnement d’exécution (runtime) fourni par Freedesktop, et dont dérivent ensuite des implémentations pour GNOME ou KDE. Dans sa dernière version, cette brique est totalement remaniée puisque Yocto en est éjecté, au profit de BuildStream.

    Flatpak a de plus franchi un cap symbolique avec l’annonce de sa version 1.0. À cette occasion, Bastian Ilsø Hougaard a réalisé une nouvelle vidéo parmi d’autres. On espère, entre autres, voir arriver des nouveautés du côté des portails, notamment pour que les applications puissent communiquer avec les périphériques USB… En tout cas, l’inventeur de Flatpak espère, lui, que son mode de distribution des applications contribuera à l’avènement de GNU/Linux sur le bureau !

    Applications

    Intégration de GNOME sous mobile avec Librem 5

    Dans notre article sur GNOME 3.28, nous avions parlé du Librem 5, le « smartphone libre » en cours de réalisation par la société Purism. Purism, qui s’adresse pour le moment à un public conscient de l’importance de l’informatique libre, avait fait le choix de distribuer son ordinateur de poche sous GNOME. Forcément, ça demandait quelques efforts pour adapter l’environnement de bureau au mobile…

    Pour adapter l’ergonomie des logiciels existants (à commencer par le Shell, mais également le gestionnaire de contacts) et concevoir de nouveaux logiciels pour répondre aux usages que l’on peut avoir en déplacement (téléphoner, par exemple…), Purism avait recruté une personne dénommée Tobias Bernard. Alors même que le Librem 5 ne devrait pas voir le jour avant 2019, GNOME bénéficie déjà des prolifiques et excellentes contributions du designer allemand. Ce dernier a, comme l’année dernière, donné une conférence au GUADEC, dont on peut retrouver les diapos ici.

    Les applications GNOME

    La plus grosse nouveauté de GNOME 3.30, c’est probablement l’arrivée de l’application Podcasts ! Développée par Tobias Bernard (design) et Jordan Petridis (code), il s’agit d’une interface GTK supplémentaire pour rapatrier et lire les enregistrements audio. Contrairement à Vocal ou GPodder, Podcasts est écrit en Rust et vise à une intégration parfaite avec GNOME, pour le bureau comme pour le mobile (illustration ci‐dessous au centre).

    Maquettes pour mobile des logiciels d’appel, de podcasts et de discussion

    Fractal, le très récent client Matrix écrit en Rust, a connu de nombreuses améliorations. Le billet de blog de Eisha Chen‐Yen‐Su montre, captures d’écran à l’appui, les nombreuses améliorations que la développeuse a implémentées à partir des dessins de Tobias Bernard). Mais Fractal se fractionne ! Suite à une sombre histoire de banquets et de barbecues, l’interface graphique doit être découpée en deux applications pour couvrir au mieux les différents usages. D’un côté, les conversations en tête‐à‐tête devraient se faire à travers l’application Messages ; de l’autre, on pourra parler à de nombreuses personnes dans différents salons en utilisant l’application Discussions. Les noms sont encore susceptibles de varier, mais l’idée est là !

    Machines est bien connu pour permettre de faire tourner facilement des machines virtuelles sur son PC. Ce que l’on sait peut‐être moins, c’est qu’il permet également de prendre le contrôle de machines distantes. Le fameux RDP vient d’être ajouté à la liste des protocoles pris en charge.

    Jeux a connu pas mal d’évolutions importantes, notamment grâce au travail de son nouveau mainteneur Alexander Mikhaylenko. Les jeux vidéo peuvent maintenant être classés par développeur ou par plate‐forme, un peu comme dans Musique, et l’application peut être contrôlée à la manette de jeu dès son lancement, pour ne jamais avoir à toucher à son clavier — bien que désormais l’on puisse également configurer les actions des jeux sur les touches du clavier pour jouer sans manette. La version Flatpak, qui fournit par défaut des émulateurs intégrés (contrairement aux versions des distributions qui dépendent de paquets distincts), inclut à présent de quoi émuler les jeux Sega Master System et Game Gear, Nintendo DS et même Virtual Boy.

    GNOME Jeux 3.30 — Vue « Plate‐formes »

    Autour de GNOME

    Dino, le client XMPP avec chiffrement intégré, vient de se voir étoffé de la possibilité de chercher dans les messages. Dans la demande d’intégration sur GitHub, l’auteur mentionne plusieurs billets de blogs qu’il a rédigés tout au long du développement. Ça vaut le coup d’œil car ça présente les différentes phases de développement, depuis une maquette graphique jusqu’aux captures d’écran, une fois le code implémenté.
    Capture d’écran de Dino

    Lollypop, un lecteur audio pour GNOME, continue son bout de chemin avec une forte reprise de l’activité (l’auteur s’était temporairement concentré sur une autre projet Eolie). Les nouveautés sont nombreuses : téléchargement des paroles, mode « mini » amélioré, gestion des décennies, suppression du menu déporté, etc. Le développeur est soutenu par une communauté force de propositions, ce qui permet d’améliorer rapidement les points faibles de Lollypop.
    Des paquets sont fournis pour Fedora, OpenSUSE et Ubuntu, que ce soit en version stable ou de développement.

    Pitivi : la vitesse des clips pourra être ajustée dans une prochaine version (c’est prévu pour la 2.0, la prochaine 1.0 n’autorisant pas de nouvelles fonctionnalités par rapport aux versions actuelles), comme résultat d’un travail sponsorisé dans le cadre du GSoC. La fonctionnalité sera facilement accessible dans l’onglet Séquence, qui comprendra alors trois rubriques : Transformation, Effets et Vitesse. Par ailleurs, un greffon permettant de rechercher, écouter puis importer des sons de la banque Freesound est en cours de développement. En attendant, vous pouvez tester la version 0.999 sortie le 29 août dernier avec les paquets Flatpak mis à disposition (de la version stable comme de la version de développement) !

    Pour Corebird, c’est No Future. Le client libre et intégré à GNOME pour accéder aux services de Twitter a été rendu obsolète par Twitter lui‐même. La célèbre entreprise à l’oiseau bleu a en effet décidé de bloquer l’accès à ses services, sauf monétisation.

    On se consolera peut‐être bientôt avec Trumpet, un client libre écrit en Rust pour interagir avec le Fédivers (dont Mastodon, Pleroma et PixelFed), actuellement en développement. Si tout se passe bien, ce logiciel pourrait bien être rebaptisé en quelque chose comme « GNOME Social ». C’est encore Tobias Bernard qui a réalisé les maquettes visuelles du logiciel, et ça devrait ressembler à ça :
    Maquette de GNOME Social, par Tobias Bernard

    Autre logiciel qui n’en est qu’à ses débuts : Password Safe. S’il s’agit d’une énième interface graphique pour manipuler les bases KeePass, celui‐ci est le premier à proposer une intégration étroite à GNOME, aussi bien sur bureau que sur mobile. Le code est hébergé sur la forge de GNOME. Vous pouvez jeter un œil au fichier README.md pour savoir comment tester la version de développement. Divulgation : avec Flatpak, bien sûr !

    Changements soudains du côté de la fondation

    GitLab

    Carlos Soriano, qui était extrêmement impliqué dans ce processus, a annoncé fin mai que la migration depuis cgit et Bugzilla vers GitLab était terminée. Une bonne chose de faite après un an et demi d’efforts !

    C’est à la même période que GitLab a publié un spot publicitaire de trois minutes mettant en scène Soriano, Neil MacGovern, Nuritzi Sanchez et Sriram Ramkrishna. Vous pourrez vous infliger cette

    sur YouTube.

    Donations, 1<sup>re</sup> partie

    Fin mai encore, la fondation GNOME annonçait qu’elle était tombée sur un million de dollars US. Ce sont des choses qui peuvent vous arriver aussi si vous rencontrez un généreux très riche donateur. Geste désintéressé, envie de transformer la Fondation GNOME en entreprise ou simple besoin de défiscaliser ?

    La fondation a vite trouvé quoi faire de cette nouvelle manne, puisqu’elle a annoncé embaucher quatre personnes : un développeur pour GTK+, un administrateur système, un « coordinateur de programme » pour soulager les membres de la fondation, et un « coordinateur de développement », dont la seule mission est de faire rentrer des sous.

    Donations, 2<sup>de</sup> partie

    Peu de temps après, la fondation a effectué une nouvelle annonce. Cette fois‐ci, il était question de 300 000 US$ supplémentaires à GNOME et 100 000 US$ à GIMP, généreusement attribués par Handshake. On apprendra que Handshake est une organisation qui vise à remplacer les serveurs racines du DNS par une technologie à base de « blockchain ».

    Pour la suite

    Dans six mois, de nombreuses applications vont perdre le fameux « App Menu » ! Ce menu global, apparaissant dans le Shell car supposé affecter l’ensemble des fenêtres ouvertes d’une même application, avait été très décrié dès son introduction dans GNOME 3.4, il y a de cela plus de six ans.

    Guidés notamment par la nécessité d’une approche qui convienne à la fois aux stations de bureau multi‐écrans et aux ordinateurs de poche, les designers ont fait le choix d’abandonner cette approche. Les entrées de ce menu devront faire l’objet d’une migration dès GNOME 3.32 derrière un bouton « burger » plus classique. Derrière cette proposition, on ne sera pas surpris de retrouver encore le nom de Tobias Bernard, si ?

    Côté ergonomie, on peut aussi s’attendre à ce que le nouveau gestionnaire de session soit bientôt implémenté. Et tout cela devrait participer d’un rafraîchissement graphique plus vaste, puisqu’une pelletée de nouvelles icônes devrait être livrée, avec un guide pour aider les graphistes à renforcer l’intégration visuelle de leurs icônes à l’environnement de bureau.

    Bref, vivement la suite !

    Télécharger ce contenu au format Epub

    Commentaires : voir le flux atom ouvrir dans le navigateur

    https://linuxfr.org/news/parution-de-gnome-3-30