Interview de Bekomo Akoa Edward ingénieur en informatique membre de Camerubuntu

  • Prédateur

    EdwardAkoa, du nom sous lequel il poste sur le site, est ingénieur en informatique et diplômé en économie. Il fait partie de l’équipe de Camerubuntu. Camerubuntu c’est à la fois le nom du projet et de la nom de distribution camerounaise qu’ils développent. Le projet Camerubuntu a pour objectif de développer des logiciels libres adaptés à l’Afrique de façon à rendre les TIC accessibles à tous.

    Comme on le verra, cette interview est aussi un prétexte pour explorer le secteur informatique (en général) et le logiciel libre (en particulier) camerounais.

    Sommaire

    1. Vous ?

    Quel parcours de formation avez‑vous suivi ?

    Je m’appelle Bekomo Akoa Edward, je suis titulaire d’un master et j’ai suivi une formation en sciences économiques à l’université de Yaoundé Ⅱ‑Soa. Aussi, depuis 2010, je me suis reconverti en informatique, notamment dans les logiciels libres, ce qui m’a permis d’avoir des certifications dans ce domaine, délivrées par le site openclassroom.

    Quel est votre rôle dans l’équipe de Camerubuntu ?

    Dans l’équipe, je suis responsable des projets Camerubuntu (clients et serveurs), notamment de la remasterisation ou repacking.

    Et parlant de l’équipe, elle est aussi constituée de :

    2. Camerubuntu ?

    Camerubuntu, c’est une distribution, une entreprise, tout ça à la fois ? Ça existe depuis quand ?

    Oui, c’est une distribution et le nom donné à l’association, car, contrairement à ce qui nous a été attribué sur le site Afrikatech, ce n’est ni une start‑up ni une entreprise mais un regroupement d’informaticiens et de passionnés de l’informatique soucieux de partager leurs connaissances sur le bien‑fondé de l’usage des logiciels libres au Cameroun, en Afrique et dans le reste du monde. Elle existe depuis 2010, mais les travaux en ligne datent de juin 2015.

    Parmi toutes les distributions GNU/Linux, pourquoi avoir choisi Ubuntu ?

    Nous avons commencé sur Debian ; nous nous sommes cependant orientés peu à peu vers Ubuntu pour les mises à jour régulières du système (après six mois), la facilité d’utilisation (même pour les débutants) et l’ergonomie des interfaces.

    Pourquoi avoir choisi de recourir à des logiciels libres, on trouve que c’est une excellente idée, évidemment ?

    Sans vouloir faire du « prosélytisme technologique », nous avons choisi les logiciels libres parce qu’ils permettent de démocratiser l’informatique partout et pour tous dans le globe.

    En effet, certains facteurs concourent au choix de ces logiciels, tels que :

    • une communauté de plus en plus grande de développeurs bénévoles dans le monde, assurant ainsi une quasi‐stabilité sur le long terme ;
    • un accès gratuit qui est idéal pour les pays en voie de développement comme le nôtre, ceci permettant à des millions d’individus longtemps exclus des TIC d’y accéder.

    Qu’est‑ce qui fait de Camerubuntu une distribution particulière ? Des logiciels spécifiques adaptés ou développés pour le Cameroun, une configuration spéciale ?

    La particularité de Camerubuntu vient du fait que cette distribution a des logiciels déjà intégrés (bureautique, multimédia et Internet). De plus, ce système est utilisable juste après son installation. Elle est faite pour faciliter l’accès à des personnes voulant faire la transition vers GNU/Linux sans trop de difficultés au niveau client. On peut aussi ajouter à cela ses déclinaisons de type serveur (cybercafés, serveurs de téléphonie IP et serveur de déploiement), dont le but est de faciliter l’usage des logiciels professionnels dans GNU/Linux.

    Est‑elle aussi traduite dans des langues parlées au Cameroun qui ne sont pas les deux langues officielles (la richesse linguistique du Cameroun est absolument fabuleuse soit dit en passant) ?

    Il y a plus de 250 langues au Cameroun, ce qui représente une véritable mosaïque, nous ne pouvions pas privilégier une langue par rapport à une autre, c’est pour cette raison que nous préférons travailler sur les deux langues officielles (anglais et français) que nous trouvons fédératrices pour le moment, mais nous y réfléchissons.

    Sur le site qui présente Camerubuntu, on peut télécharger des logiciels de serveur (point d’accès, téléphonie IP…), est‑ce que l’entreprise qui pilote le projet offre ce genre de prestations. Si oui, quel type de clientèle avez‑vous ?

    Oui en effet, l’association offre toutes ces prestations, et comme clientèle, nous avons, pour le moment, des étudiants en informatique, les FAI (fournisseurs d’accès à Internet) pour les serveurs Camerubuntu-hotspot et beaucoup de particuliers pour des versions clientes. Le serveur de cybercafé Camerubuntu-hotspot est particulièrement apprécié dans les pays tels que le Togo, le Burkina Faso et le Sénégal.

    3. L’informatique en général, et le logiciel libre en particulier, au Cameroun

    Quel est le taux de pénétration des équipements informatiques au Cameroun, si vous le savez ?

    D’après les études menées par Hootsuite et We Are Social, il y aurait, en ce qui concerne l’utilisation des smartphones, un taux de 82,9 % pour Android et 4,6 % pour les iPhone. Quant aux équipements plus « lourds », tels que les ordinateurs de bureau, les serveurs ou d’autres équipements, ce taux serait d’environ 30 %.

    Quelle est la couverture téléphonique du Cameroun ? Existe‑t‑il, comme en France, des « zones blanches » dans lesquelles il n’est pas possible d’utiliser la téléphonie mobile ?

    Selon le ministère des postes et télécommunications, il y aurait au Cameroun quatre opérateurs de téléphonie mobile, à savoir Orange, MTN, Nexttel et Camtel, et le pays compte environ 19 millions d’abonnés pour un taux de couverture de 76 %.

    L’accès à Internet y est‑il facile partout ?

    En dehors des grandes villes comme Yaoundé, Douala ou Garoua, l’accès direct à Internet n’est pas aisé et parfois inexistant. De plus, les prix d’accès y sont prohibitifs pour les populations.

    Avez‑vous une idée du recours aux logiciels libres au Cameroun ?

    Pas exactement, mais peu à peu le public commence à prendre connaissance de leur existence. De plus, leur vulgarisation est l’une des missions de Camerubuntu.

    Est‑ce qu’il y a une volonté politique en faveur des logiciels libres ?

    Pour répondre de façon affirmative, non !

    Existe‑t‑il des groupes d’utilisateurs de Linux (GUL), sous une forme ou une autre ?

    Il y avait une multitude de groupes, et le plus connu était Linux Land Cameroun qui n’est plus très actif, car leur dernière intervention date de février 2016.

    Existe‑t‑il des associations de promotion du logiciel libre, comme, par exemple, l’April en France ?

    Il y avait une pléthore d’associations comme Ubuntu Cameroun par exemple, mais à ce jour, celle qui reste fonctionnelle et active au Cameroun est Camerubuntu.

    Y a‑t‑il des évènements centrés autour du logiciel libre au Cameroun ?

    À ce jour non, l’évènement le plus connu, intitulé « Journée du logiciel libre », a été organisé par PROTÈGEQV en 2014 à l’école polytechnique de Yaoundé, mais cette organisation a cessé ses activités depuis 2016.

    4. Vous et les logiciels libres

    Si vous utilisez un ou des outils de développement informatique, quel est ou quels sont‑ils ?

    Nous n’utilisons aucun outil de développement, nous « remasterisons » Ubuntu avec des logiciels tels que Distroshare et Remastersys.

    Au niveau professionnel, quels logiciels libres utilisez‑vous, sur quel système d’exploitation ?

    Les logiciels libres que nous utilisons le plus sur les systèmes Ubuntu et Camerubuntu sont : VMware player, VirtualBox, FOG (en anglais), Asterisk, Virtualmin (en anglais), Webmin, RADIUSdesk et GRASE Hotspot.

    Quelle est votre distribution GNU/Linux préférée et pourquoi, quels sont vos logiciels libres préférés ?

    C’est Ubuntu, et les logiciels libres préférés sont VirtualBox, VMware player, VLC, WPS Office (en anglais), LibreOffice, Nano, Gedit et bien d’autres.

    5. Questions finales

    Quelle question auriez‑vous adoré qu’on vous pose (évidemment, vous pouvez y répondre) ?

    Avez‑vous le soutien financier et logistique des autorités camerounaises ?
    Non ! Malgré tous nos efforts, nous utilisons nos moyens propres.

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